Ce que Claude Monet, Auguste Renoir ou Odilon Redon ont représenté pour la peinture, Claude Debussy l’a représenté pour la musique. Ses compositions, débordantes d’imagination, aux couleurs multiples et aux atmosphères éphémères, chevauchent deux époques – le romantisme et le modernisme – et constituent en réalité la frontière même entre ces deux courants.
Debussy s’est essayé à l’écriture de plusieurs opéras, mais n’a réussi qu’un seul. Le seul et unique opéra qu’il ait achevé est l’adaptation, aujourd’hui emblématique, de la pièce Pélleas et Mélisande du symboliste belge Maurice Maeterlinck. La mise en musique de Debussy est un drame musical intimiste, où tout ce qui est déterminant se passe « entre les lignes » – dans les allusions, les silences et les détails délicats et symboliques.
Imprégnée d’une atmosphère de légende médiévale, voire de conte de fées, l’histoire de *Pelléas et Mélisande* s’articule autour de la relation de deux hommes – l’un âgé, l’autre jeune – avec une mystérieuse jeune femme. La musique de Debussy met brillamment en valeur cet univers : elle s’écoule comme la parole, et les couleurs orchestrales changeantes créent une atmosphère onirique de silence et de suspension. C’est précisément cette retenue qui confère à l’opéra toute sa puissance.